Partager l'article ! L’agriculture irriguée de la vallée de Colca: Nous sommes allés dans la vallée du canyon de Co ...
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Nous sommes allés dans la vallée du canyon de Colca avec l’espoir de découvrir l’agriculture pratiquée sur les terrasses ou andenes, qui font partie intégrante du paysage de la vallée. Nous avons rencontré Pedro Vilcasan, un agriculteur qui ne possède que peu de champs cultivés en terrasses, mais qui a bien voulu nous parler de son agriculture.
On se trouve ici dans les Andes, en effet la vallée de Colca s’étend sur 100km et est bien souvent perchée à plus de 3000m d’altitude, mais l'agriculture telle que la pratique Pedro Vilcasan, bien que trés intéressante, n’a plus grand chose à voir avec de l’agriculture traditionnelle andine.
Pedro Vilcasan exploite 7ha de terres avec l’aide de 3 autre membres de sa famille. Bien que tous possèdent un emploi en parallèle de la ferme, ils cherchent à diversifier leur ferme au maximum pour multiplier les sources de revenus. Ainsi, ils élèvent des alpagas, des vaches, des cochons d’inde et des truites et cultivent de la quinoa, des pommes de terre, des pois et des fruits à des fins commerciales.
Atelier animal :
Pedro possède un élevage de cochons d’inde à côté de sa maison. Les animaux sont vendus à l’âge de 2 mois et demi aux restaurants touristiques bordant le canyon de Colca. Il vend 10 nouveaux soles (2,5 €) le cuy de 700g.
Davantage sur les hauteurs du canyon, a plus de 4000m d’altitude, le père de Pedro s’occupe d’un élevage d’alpagas de 200 têtes. Cet élevage leur permet la vente de la fibre (=laine) et de la viande. De plus, ils ont un atelier de reproduction des alpagas qui leur permet d’en vendre à d’autres élevages.
A partir du mois d’avril, Pedro achète des vaches, qu’il revend après 2 – 2,5 mois d’engraissement. Il y a ainsi 3 cycles d’engraissement de 20 vaches dans l’année : Avril – Juin, Juin – Août, Août – Octobre.
Les autres animaux que compte l’exploitation sont des ânes, des moutons et des taureaux, destinés, respectivement, aux transports des produits récoltés, à la commercialisation de la laine et à l’autoconsommation de viande, et aux travaux des champs (labour, récolte des pommes de terre).
Atelier végétal :
Parmi les cultures végétales, il convient de distinguer les cultures fourragères destinées à l’alimentation des animaux et les cultures de ventes ou d’autoconsommation.
Les cultures fourragères regrouppent les cultures de luzerne, d’orge et d’avoine.
La luzerne se sème au début de la saison des pluies (janvier/février) et se récolte une première fois un mois et demi après. Elle est alors fauchée à la main et directement donnée aux vaches attachées en bordure de champ. En évitant de laisser les bêtes pâturer directement au champs, le champ est moins piétinné et le végétal repousse mieux et la production est meilleure. Sur une année, ils obtiennent donc 5 coupes de luzerne. En vue de la saison sèche, Pedro fait aussi du foin de luzerne qu’il stocke après l’avoir coupée et laissée sécher 3-4 jours. Séché plus longtemps, le foin perd de sa couleur et de sa saveur, sa qualité diminue.
Les fourrages d’orge et d’avoine sont donnés aux bête en saison sèche également, après les avoir ensillé.
Ces cultures servent à l’alimentation des cuyes (luzerne), des vaches et des taureaux (luzerne, orge, avoine). Les alpagas sont laissés libres et se nourrissent de l’herbe des steppes d’altitude. Les moutons et les ânes sont également laissés libres dans la vallée et broutent donc la végétation qu’ils y trouvent.
Parmi les cultures de vente, on compte des pommes de terre, de la quinoa et des pois.
Les pommes de terre sont cultivées en buttes et lors du semis, on ouvre les buttes pour mettre de l’engrais chimique, puis la semence et enfin du fumier d’alpagas, afin d’eviter l’évaporation des engrais chimiques. Lors du développement du végétal, des engrais et des pesticides sont pulvérisés tous les 15 jours. Les pesticides servent à lutter contre le "Gorgojo" des andes. Certains agriculteurs de la zone pulvérisent des hormones sur les pommes de terres pour qu’elles atteignent une taille importante plus rapidement, afin de pouvoir les récolter en mars, avant que des maladies (par exemple la "Rancha") attaquent la plante à la fin de la saison des pluies, moment où l' alternance de pluies et de soleil est favorable à leur développement.
La famille Vilcasan possède également des champs de quinoa (variété Real), céréale typique (et native) des andes. Ils cultivent la quinoa en association avec des légumineuses (des pois ou des fèves) qui permettent une meilleure fourniture en azote pour la quinoa. Le pied de quinoa, quant à lui, sert de tuteur pour la croissance des plants de pois. Pour avoir une récolte étendue sur l’année, la quinoa est semée à deux périodes : août et octobre, et la récolte débute mi-avril. Tout se fait à la main, la location de tracteur étant trop chere. Cette plante ne demande que peu de pesticides car il y a peu de parasite. Les semences des plus belles plantes de quinoa et de pois sont sélectionnées pour être semées l’année suivante.
Les patates et les pois sont vendus sur les marchés de proximité après être passés dans les mains de différents intermédiaires (transporteur, commerçant).
La quinoa, quant à elle, est vendue sous contrat à une entreprise pour être exportée vers l’Amérique du Nord. Si Pedro préfère exporter sa quinoa, c’est que le marché est plus important et le prix d’achat, plus avantageux. En effet, les citadins péruviens (de la côte essentiellement) montrent un certains rejets envers les produits andins tels que la quinoa, car ils l’associent à la culture andine, marginalisée (car considérée comme arriérée). De plus, le prix d’un kg de quinoa lui rapporte 6 nouveaux soles (1,5 €) quand il l’exporte, contre 4 nouveaux soles (1 €) sur le marché péruvien.
En plus de ces cultures, les Vilcasan possèdent des cultures destinées à l’autoconsommation, tel que du blé qui leur sert à la fabrication de leur pain, du maïs, les fèves qu’ils associent avec le quinoa et enfin quelques pommes de terre natives.
Une fois encore, on a pu constaté que les cultures destinées à l’alimentation de leurs bêtes ou à l’autoconsommation sont cultivées biologiquement, sans usage de produits chimiques (sauf l’orge qu’ils traitent un petit peu).
Pedro pratique également une rotation des cultures dont une année de jachère, pour éviter un appauvrissement du sol.
Concernant les terrasses andines, on apprendra juste, et on s’en rendra compte lors de notre visite du cañon de Colca que les principales cultures réalisées en terrasses sont le maïs et la quinoa. On espère en apprendre davantage dans la région de Cusco.
Gestion de l’eau :
Pour le moment, un réservoir de 43m3 permet d’irriguer 10ha de cultures, mais il y en a d’autres, plus importants disséminés le long de la vallée. Ces
réservoirs sont donc partagés par les agriculteurs. Le réservoir, situé en hauteur permet d’irriguer les terres par gravité. La hauteur du réservoir ne permet pas d‘obtenir une pression
suffisante pour développer l’irriguation par aspersion. Toutes les cultures de Pedro sont irriguées tous les 30 jours, toute l’année.
L’irriguation à son importance dans les andes, car elle présente une alternative à la dépendance à la saison des pluies et une solution pour lutter contre les gelées qui peuvent avoir lieues de mai à juillet. En effet, l’irriguation par aspersion, déclenchée lorsque une gelée est prévue, permettrait de créer un microclimat sur les cultures et ainsi d’éviter le gel des cultures.
Perspectives d’avenir :
Pour l’instant, Pedro et sa famille ne sont pas seulement des agriculteurs, ils ont tous des professions autres qu’ils exercent en parallèle. Mais Pedro à l’objectif de devenir agriculteur à temps plein et a déjà de nombreux projets pour diversifier encore davantage sa ferme.
La luzerne étant trés riche en protéines, il commence une culture de fourrages associés pour équilibrer la ration alimentaire de ses futures vaches laitières. En effet, une étable pour une quinzaine de vaches est actuellement en construction. Il commencera d'abord avec 6 vaches Prim’Holstein car cela représente un investissement important : 8500 nouveaux soles (2125 €) par vache.
L’objectif est de réaliser 2 traites par jour avec une moyenne de 20L de lait par vache par jour. La traite du matin sera pour la vente du lait à une grosse entreprise du secteur laitier (Gloria) et la traite du soir sera pour la fabrication de fromages et de yaourt.
Ces vaches seront donc nourries avec un mélange Luzerne – Dactyle – Ray Gras Italien – Trèfle Rouge. Bien géré, un champ de cultures associées peut être exploité entre 7 et 10 ans de suite.
Un autre bâtiment pour l’élevage de 400 cochons d’inde est actuellement en construction, à côté de l’étable.
Pour une bonne production de ces élevages, Pedro obéit aux règles suivantes, dans cet ordre de priorité :
Un autre projet est de cultiver des légumes bios sous couvertures et irrigués par un système de goutte à goutte que permettrait la pression dégagée par le nouveau réservoir d’eau. Ces légumes seront vendus aux restaurants touristiques de la zone.
Enfin, Pedro voudrait faire de sa ferme un modèle en mettant en place un centre de formation pour d’autres agriculteurs.
Ici au coeur des Andes, on a donc eu le droit a une leçon d’agriculture raisonnée, assez proche de l’agriculture hexagonale qu’on peut nous enseigner aujourd’hui, les erreurs du passé et la mécanisation en moins. Mais la mécanisation n’est qu’une question de temps et d’argent, et devrait donc sûrement arrivée avec la multiplication des revenus permise par cette grande diversification. Attention alors aux dérives ...