Partager l'article ! La communauté de San Jose de Aymara: Le vendredi 19 mars, nous nous rendons dans la communauté de San José de Aymara, à une heure et demie en ...
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Le vendredi 19 mars, nous nous rendons dans la communauté de San José de Aymara, à une heure et demie en colectivos (à 7 dans un taxi) au sud de Huancayo. San José de Aymara nous a été conseillée par l’Ing. René Gomez, notre contact au CIP de Lima (Centre Internacional de la Pomme de terre). En effet, cette communauté, située à une altitude idéale pour cela, cultive depuis bien longtemps une impresionnante diversité de “Papas nativas” (patates natives) et autres “cultivos andinos” (tubercules natifs des Andes), et depuis 1985, le CIP y a installé des parcelles pour conserver “in situ” environ 2300 variétés de tubercules andins en collaboration avec la communauté. Si ce site a éte choisi, c’est aussi parce que la proximité des marchés de Huancayo et Lima permet de dévelloper facilement le commerce des Papas nativas.
Même si nous avons eu l’occasion de discuter avec des agriculteurs, vendredi et samedi ont plutôt été consacrés aux festivités pour l’anniversaire de la communauté. En revanche, le dimanche, avec M. Carlos Hidalgo, notre contact sur place en charge de la parcelle du CIP, nous avons eu droit à une visite explicative de celle-ci et à un entretien assis au bord du champ sur l’agriculture à San José de Aymara.
Dans la parcelle du CIP, sur un demi hectare, sont cultivés en bio 8 plants de chacune des 2300 variétés différentes de tubercules andins présents ici. Surtout des pommes de terre, mais aussi d’autres tubercules andines : oca, olluco, et mashua. Le rôle de cette parcelle est de produire des semences pour les conserver et les distribuer aux paysans de San Jose de Aymara ou d'autre communautés qui en font la demande.
En dehors de la parcelle du CIP, à San José de Aymara, la culture majoritaire est également la patate (ou plutôt les patates), viennent ensuite les autres cultivos andinos citées précédemment, ainsi que la « maca » sur les parcelles de haute altitude (4000-4200m).
Chaque famille possède aussi quelques animaux : surtout des moutons, pour vendre la laine et la viande, quelques vaches laitières peu productrices pour l’autoconsommation, et des lamas pour la viande et la laine également. A noter qu’anciennement il y avait plus de lamas que de moutons. On nous a expliquer cette substitution par le fait que la viande de mouton est davantage appréciée, et aussi par la réduction des pâturages de prédilection des lamas sur les hauteurs qui on été reboisées avec des eucalyptus (le pâturage sous des eucalyptus serait donc difficle… à voir).
Les animaux s’alimentent au pâturage, mais il y a également quelques cultures fourragères pour compléter leur alimentation pendant la saison sèche (mai à septembre) où l’herbe se fait rare : cultures de luzerne, d’orge (dans les parcelles les plus basses), et de fèves (également pour la consommation humaine).
Comme la plupart des autres produits alimentaires (maïs, haricots, légumes, fruits) ne peuvent se cultiver à l’altitude de San José de Aymara, les habitants vont se les procurer sur le marché de Huancayo ou à la feria de Pazos, le village voisin, mais aussi par troque avec les communautés voisines (par exemple 5kg de patates contre 5kg de maïs).
À San José de Aymara, l’agriculture est dite de « secano » : elle se fait sans irrigation, l’eau nécessaire aux cultures est apportée uniquement par les fortes précipitations de la saison des pluies (décembre à mars).
Dans les parcelles les plus en pente, les précipitations entrainent une érosion du sol. Pour lutter contre cette érosion les « surcos » (buttes dans lesquelles sont semées les patates) sont souvent réalisés en diagonal par rapport à la pente, pour ralentir le ruisselement. En effet, si ils étaient réalisés dans le sens de la pente, l’eau ruisselerait à grande vitesse entre les surcos, érodant fortement le sol sur son passage ; et si ils étaient réalisés perpendiculairement à la pente, l’eau risquerait d’emporter les surcos. La reforestation des sommets, de certaines parcelles et des bords des parcelles permet aussi de lutter contre l’érosion.
En revanche, à San José de Aymara, il n’y a pas « d’Andenes », ces terrasses (dont la plupart de celles que l’on croise dans les Andes ont éte réalisées à l’origine par les Incas) permettent pourtant de cultiver dans des pentes raides en évitant l’érosion.
Les gelées sont un autre facteur climatique que les agriculteurs doivent gérer. Elles sévissent pendant la saison sèche, surtout en Juillet et Août. Pour protéger d’une gelée, un rituel consiste à diperser du lait de vache sur la culture (à l’aide d’un rameau) pendant la nuit où il va geler. Une autre pratique est de bruler des végétaux autour du champ. Certaines variétés de patates sont aussi plus résistantes au gel.
Les cultures de chaque famille se divisent en 2 catégories de surface à peu près équivalente : les cultures destinées à l’autoconsommation, et les cultures destinées à la vente.
Pour les premières, qui sont souvent situées à proximité des habitations, dans une même parcelle sont semées différentes variétés, afin que la famille ait un accés facile et rapide à toute les varétés qu’elle désire sans avoir à récolter différentes parcelles. De plus, ces cultures sont majoritairement cultivées en agriculture biologique, les agriculteurs ayant conscience que les « quimicos » (pesticides et engrais chimiques) représentent un risque pour la santé. Mais surtout, ces produits n’étant pas destinés à la vente, ils n’ont guère besoin d’être calibrés et présentables, et comme ils ne génèrent pas de revenus, il n’est pas question de dépenser dans des intrants coûteux pour les cultiver.
A cette altitude de 3950m, il y a trés peu de maladies qui affectent les cultures. Plus bas, en dessous de 3700m, il y a plus de « Rancha », qui correpondrait en france au Mildiou de la patate. En revanche, le « Gorgojo des Andes », un insecte dont la larve se nourrit du tubercule de la patate, cause régulièrement des dommages assez inportants. De plus, du fait de l’augmentation des surfaces cultivées, les attaques de ravageurs et de maladies sont de plus en plus répendues.
Certaines pratiques bio utilisés par les agriculteurs de San José de Aymara sont particulièrement intéressantes. Pour lutter contre le Gorgojo par exemple, on creuse un fossé autour de la parcelle avant le semis, dans lequel on répand le mélange suivant : farine d’orge, lait de vache, levure, et un peu d’eau. L’odeur de cette mixture attire les Gorgojos, qui s’en nourrissent, et en meurt, à cause de la levure.
Pour l’autre partie des cultures, déstinée à la vente, chaque parcelle ne contient qu’une seule variété de patate, et engrais chimiques et pesticides sont souvent utilisés afin que la culture demande moins d’attention tout en ayant un bon rendement. Les patates se vendaient déjà avant que les intrants chimiques fassent leur apparition, mais en moins grande quantité et donc avec moins de rentrée d’argent (sur le marché péruvien le prix des produits bio est rarement plus élevé que celui des autres produits, et les certifications « agriculture biologique » sont très peu répendues).
Les intrants chimiques n’ont été introduits ici que dans les années 80-90, par les firmes phytosanitaires qui sont venues en venter les mérites. On peut douter de l’honnêteté avec laquelle elles conseillaient alors les agriculteurs sur les doses optimales à appliquer... Aujourd’hui, notmment avec le CIP, les doses réglmentaires sont respéctées
Le commerce des Papas Nativas s’est bien développé, grace au travail du CIP notamment, et leur prix étant plus élevé que celui des patates de variété commerciales dîtes variétés « améliorées » ( 80 centimes de soles le kilo contre 50 cent.), les paysans sont encouragés à les cultiver pour la vente. Les patates sont vendues au marché de Huancayo, un camion y transporte les produits 3 fois par semaine pendant l’époque de la récolte (de mars à juillet essentiellement). Cependant le marché est encore limité, seul 6 variétés sur les plus de 2000 qui se cultivent sont vendues sur le marché national. Parmi ces variétés on peut citer la « papa amarilla », la « peruanita », la « Huantanya »...
Trois autres variétés sont vendues en petite quantité à l’entreprise française « Ethiquable » qui les transforme en chips à Lima pour les exporter en France.
De façon générale (même si cela est davantage respecté pour les cutures bio destinées à l’autoconsommation) les cultures à San José de Aymara suivent la rotation suivante : 1ère année patates, 2ème année autres cultivos andinos, 3ème année cultures fourragères, 4ème à 7ème ou 8ème année jachère servant de pâtures pour les animaux. Leurs excréments fertilisent ainsi la prairie. Les animaux sont regroupés le soir dans un enclos (appelé "Corral" ou "Cerco"), ce qui permet, durant la saison sèche, de récolter leurs ecréments pour faire du fumier et fertiliser les cultures.
Autre pratique intéressante : lorsque les cultures sont récoltées, les residus de culture (parties végétatives) sont laissés au champs ou donnés à manger aux animaux.
Les semences sont ici autoproduites : une partie de la récolte est vendue ou mangée, et une autre partie est conservée pour servir de semences. En ce qui concerne les Cultivos Andinos, ce sont les tubercules que l’on sème. On sème les graines au lieu des tubercules tout les 2 ou 3 ans pour éviter que la qualité de la récolte ne décline.
Même si la terre est gérée selon le système de la propriété privée, le travail se fait souvent en commun, en groupes familliaux (très larges), d’amis, et de voisins. Cette façon traditionnelle de travailler est appelée « Ayni » en Quechua.
Avec le système de la propriété privée, et la division de la terre entre les enfants de manière égale lors de sa transmission, commence à se poser comme dans beaucoup de régions des Andes, le problème des « minifundios » : avec les divisions successives, les propriétés tendent à rétrécir, jusqu’à devenir trop petites pour permettre au paysan d’en vivre. Souvent, celui-ci recherche alors une activité secondaire, par exemple à la ville.
À San José de Aymara, où la taille moyenne des propriétés est de 0,5 hectares, ce n’est pourtant pas encore le cas. Les paysans y vivent bien de l’agriculture, et trés peu de jeunes émigrent à la ville.
La communauté de San José de Aymara a donc gardé de nombreuses traditions sociales, paysannes, et culturelles andines. Comme la nécessité d’une autorité double, féminine et masculine, le synchrétisme des fêtes, certains rituels d’offrande à la Pachamama (Terre Mère), la cuisson à la Pachamanca, le travail en Ayni, la cultures de papas nativas et les rotations longues. Mais ici la « révolution verte » a eu une influence non négligeable sur l’agriculture : l'utilisation d’intrants chimiques et une agriculture centrée sur la vente. On peut dire qu’ici l’agriculture n’est plus vraiment traditionelle.