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Mardi 17 août 2010 2 17 /08 /Août /2010 13:14

CEPROSI est une Organisation Non Gouvernementale basée à Cusco et appartenant au même noyau d'ONG que Chuyma Aru. Cette ONG travaille avec les communautés de Raqchi et de Queromarca et s'attache à récupérer les traditions et les croyances ancestrales par l'éducation. CEPROSI intervient donc dans les écoles, en apprenant aux enfants le respect de leur milieu de vie ainsi que leur culture liée aux rituels et à la vie traditionnelle. Ils leur apprennent à jouer de la musique avec les instruments de leurs ancêtres (Quena, Flûte de pan, Charango, ...) à tisser leur habits de cérémonies et à respecter l'importance des anciens centres cérémoniels. De cette façon, CEPROSI encourage la transmission intergénérationnelle des savoirs et des croyances que peuvent connaître les parents et les grands-parents des élèves. La biodiversité des variétés de culture de la zone (maïs et pomme de terre) est également récupérée grâce aux cultures dans le champ communautaire de l'école ainsi que dans certains champs de particuliers. Des achats et des échanges avec d'autres communautés se mettent également en place pour agrandir cette biodiversité. Bien que les communautés avec lesquelles travaille l'organisation soient Quechuas, on retrouve les mêmes types de traditions à récupérer que celles déjà vu avec les communautés Aymaras du lac Titicaca :

  • le travail en Ayni

  • le respect de différentes autorités

  • les savoirs et les secrets d'élevage et de culture

  • l'importance du rôle de la musique

  • les rythmes alimentaire

  • ...

L'action de CEPROSI se concentre toutefois surtout dans les écoles et insiste davantage sur la spiritualité des traditions. Elena Prado, directrice de l'ONG nous convie à assister à un pèlerinage destiné à honorer les futurs semences. Ce petit rassemblement est également l'occasion de sensibiliser les habitants de la communauté de Queromarca aux cultes ancestraux et aux traditions andines en perdition. L'ONG espère ainsi que les habitants présents prendront conscience de l'importance de conserver et même de récupérer la spiritualité liée à leur agriculture.


24. Vallée Sacrée - Chinchero

23. Vallée Sacrée - Chinchero

Déroulement du pèlerinage :

 

Le lundi 26 avril 2010, nous allons donc sur les ruines de Chinchero pour nous imprégner de la spiritualité de ce lieu témoin de la civilisation inca et de ses cultes. D'après Julio Valladolid, ancien ingénieur agronome et directeur de l'ONG PRATEC, de nombreux édifices (fenêtres, roches, ...) sont là pour marquer certaines positions de la lune ou des étoiles et sont d'anciens lieux de cérémonie. Proches de ces construction réservées aux cérémonies, on trouve des terrasses de cultures. Certaines étaient réservées à l'Inca et d'autres pour les habitants lambda de la cité.

 

Après nous être « purifiés » à la fumée sur cet ancien lieu sacré, nous déjeunons et nous nous rendons sur le lieu où aura lieu le rituel.

Vallée rituelProche de la route, entre 2 montagnes, à proximité de très anciens silos à semences.

 

La cérémonie :

 

Nous arrivons sur les lieux à 17h. Rapidement, tout le monde s'affaire à rassembler ses semences, à s'habiller et à regrouper le nécessaire pour le rituel (eau, étoffe, choix d'un rocher sacré ...). Les danseurs, les musiciens et les autres revêtent leur tenue traditionnelle, de fête. Ensuite, le maître de cérémonie, extérieure à la communauté, et venu spécialement pour l'occasion, nous explique le caractère sacrée de ces lieux, et l'énergie qui en émane. Maintenant, semences et hommes se tiennent face à la première montagne, tournés vers la sortie de la pleine lune, prêts à recevoir sa lumière et ses « bonnes énergies ». La lune sort. Chacun est arrosé par ses reflets célestes. Après quelques minutes de silence, la lune s'est maintenant détachée du pic de la montagne et flotte au-dessus de nos têtes. Il faut attendre le zénith, moment d'intensification du rituel. On plante donc le bâton de cérémonie pour pouvoir observer avec précision, grâce à son ombre, l'arrivée du zénith.

 

Pendant cette attente, le maestroet 3 autres personnes, volontaires, montent sur e rocher sacré avec les semences et de l'eau. Au pied du rocher, on s'affaire à allumer un feu, et quelques airs sont joués par les musiciens pour danser. Mais le moment de danser n'est pas encore arrivé, on ne doit pas trop jouer de musique pour le moment ...

 

Lorsque le zénith est enfin atteint, quelques personnes préparent un autre feu pour brûler des offrandes et le bénir en y jetant un fond de verre d'alcool de la main droite. De leur côté, les musiciens entonnent des airs particuliers pour la danse appropriée au rituel. A leur tour, les danseurs bénissent la Pachamamaen lui lançant des fonds de verre d'alcool, après en avoir bu. L'assemblée se regroupe maintenant proche de la roche sacrée, à côté du premier feu. Seuls el maestroet deux autres hommes qui l'assistent restent autour du second feu. Les hommes sifflent dans des gros coquillages et le maître de cérémonie enchaîne en sifflant de façon très particulière. A ce moment là, le rituel devient côté très mystique, aidé par ces sifflements, entre hurlement animal et murmure du vent. On forme maintenant un ronde, pendant que le maestrocontinue de siffler. Chacun son tour, on s'embaume le visage d'alcool de fleurs pour nous protéger, nous bénir. Le maestronous distribue ensuite, trois par trois, des semences de maïs qu'il arrache directement de l'épi. D'abord dans la main droite, ensuite dans la main gauche. Puis, chacun son tour, on fait le tour de la ronde pour étreindre chaque participant en lui souhaitant chance et bonheur pour l'année à venir. Selon le maestro, c'est à partir de maintenant que les mauvaises ondes sont les plus fortes. On ne doit pas faiblir, pas dormir. Au lieu de cela, il faut danser et chanter jusqu'à ce que les mauvaises ondes diminuent et que la lune passe derrière la montagne, de l'autre côté de la cuvette dans laquelle nous nous trouvons. Il fait froid, la fatigue et la faim nous gagnent, nous mâchons beaucoup de feuilles de coca, près du feu pour lutter et se maintenir éveiller.

 

Finalement la pluie s'en mêle, et les mauvaises ondes diminuent, un peu plus tôt que prévu. On retire alors les semences du rocher sacré et on nous distribue les fleurs qui accompagnées les semences. On récupère enfin nos affaires avant de regagner le bus. Il est 4h du matin.

 

 

Suite du pèlerinage :


Terrasses en puma

Après une courte nuit dans l'autobus, nous recommençons le pèlerinage sur les anciens lieux sacrés incas. Ce mardi, à 6h du matin, nous sommes sur un site où il y a de nombreuses terrasses qui épousent le relief et dessineraient un Puma. Après s'être « lavés » à la fumée, nous vénérons les Apus (esprits sacrés des montagnes), le Soleil et la Pachamama (terre mère) par un chant, en quechua. Chacun notre tour, nous finissons enfin par leur offrir des feuilles de coca que l'on place à la base d'un grand rocher, en murmurant un souhait de bienveillance.

 

25. Vallée Sacrée - OllantaytamboAprès le déjeuner, la dernière étape du pèlerinage consiste à se rendre sur les ruines du site d'Ollantaytambo, vestiges de monuments et de terrasses incas. Nous nous installons alors au milieu des ruines pour une dernière procession. Nous enlevons nos chaussures pour être directement en contact avec la terre et nous asseyons en cercle. Chacun dispose ses semences devant lui, sur une étoffe, entourées d'une bouteille d'eau (indispensable à la vie) et de fleurs (symbole de fertilité). Tous les participants possédants des semences vont ensuite se succéder et aller au centre du cercle pour bénir en les arrosant de vin rosé, tour à tour, toutes les semences et leur propriétaire. Cette cérémonie s'achève finalement par des étreintes.

33. Vallée Sacrée - Cérémonie

32. Vallée Sacrée - Cérémonie

 

Bien qu'ils parlent surtout Quechua entre eux, nous avons pu échanger avec les habitants de la communauté de Queromarca au cours de ce pèlerinage. Et bien que ceux-ci, tentent de réapprendre les traditions passées, et essayent de retrouver la cohésion d'antan entre leur agriculture et la nature, ils n'ont que peu de variété différentes. La plupart d'entre eux cultivent du maïs choclo(maïs blanc à gros grains) destiné à la vente, en utilisant des intrants chimiques et parfois des tracteurs. En parallèle de cette culture de ventes, ils possèdent d'autres variétés de maïs qu'ils cultivent pour leur consommation et pour lesquelles ils accordent plus d'attention et de spiritualité. Sur les 300 variétés de maïs présentent au Pérou, la communauté de Queromarca n'en cultive ainsi que 15 ... pour l'instant.

 

Ce pèlerinage sur les sites incas nous a également permis d'apprécier le génie agricole des Incas. En effet, en plus de la construction de cultures en terrasses, ils ont mis en place, par le travail de la pierre, d'ingénieux systèmes d'irrigation témoignant, une fois de plus de la place centrale que tenait l'agriculture dans leur civilisation.

31. Vallée Sacrée - Ollantaytambo

Ollantaytambo

Par Paysandins'Tour - Publié dans : Le projet, côté agriculture
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